Bienvenue

Mon journal de bord

LE COMPOST APRES LA DIGESTION
01.07.2010 17:44:33
Catégorie : Projet

Vue de ma TLB avec la réserve de sciure sur sa droite, Bluefields, le 28 mai 2010

Cela fait longtemps que la question me chiffonnait, je m’en étais d’ailleurs ouvert dans un article publié il y a plus d’un an sur ce même site («Eau, source d’ennui», février 2009) : le système de la chasse d’eau pour les toilettes est une telle source de pollution des agglomérations de la côte atlantique du Nicaragua qu’il serait bien indiqué de trouver une solution alternative.

Comme de bien entendu, le mieux pour éviter de contaminer de l’eau avec les déjections humaines est de ne pas en utiliser pour les évacuer…

Or ce que j’ai largement observé depuis le début de mon séjour sur la côte Caraïbe, c’est qu’en dehors des centres urbains, les toilettes sans chasse d’eau sont la règle. Ce devrait être une bonne nouvelle, mais ce n’est pas aussi simple.

Dans la campagne, j’ai utilisé deux types de latrines différentes : des latrines «faites maison», qui se présentent généralement sous la forme d’un petit banc en bois muni d’un trou qui donne directement sur une fosse creusée en dessous, à même la terre, et des latrines de tôle et de béton ressemblant à des cabines téléphoniques sans vitres surplombant une fosse septique ou un casier pouvant être vidé périodiquement.

Expérience faite, dans les deux cas ces toilettes ne sont pas très «sexy» : elles ne sentent pas bon, sont sales et généreusement visitées par les mouches. Bref, l’heure d’aller aux toilettes ressemble plus à une punition qu’à un moment de calme et de détente propice à la lecture des œuvres complètes de Dostoïevski. C’est probablement une des raisons qui explique pourquoi les nicaraguayens adorent faire leurs besoins partout sauf dans les lieux dédiés à cette activité.

Les latrines sont en plus souvent très mal placées, comme par exemple juste en amont d’un puits ou de la maison du voisin, ce qui est plus que problématique lorsqu’on pense au volume de pluies qui tombe dans la région et qui ainsi est susceptible de contaminer tout ce qui se trouve en aval.

C’est là où le concept des toilettes à compost, ou pour reprendre les termes de son inventeur, les toilettes à lit bio-maîtrisé (TLB, pour en savoir plus, se référer au site Eautarcie), prend tout son sens : c’est simple, pas cher et évite toute contamination de l’eau. Il s’agit d’une caisse en bois construite autour d’un seau dans lequel on fait ses besoins en ajoutant après chaque utilisation un peu de déchets organiques carbonés (sciure, résidus de tonte séchés, carton déchiqueté, etc.). Le seau doit être vidé régulièrement sur le tas de compost du jardin, et c’est tout.

Les avantages de ce système sont enthousiasmants :
- Cela a l’immense vertu de boucler la boucle en rendant au sol, à travers son amendement par le compost, les éléments nutritifs qui lui ont été soutirés à la source.
- Cela permet d’économiser de l’eau.
- En plus d’économiser de l’eau, cela évite de la contaminer et supprime ainsi une source majeure de pollution de la biosphère.
- Le papier hygiénique utilisé dont on ne sait que faire dans les pays pauvres ne pose plus de problème : il est également composté.

Avec de tels atouts, c’est à se demander pourquoi les toilettes à compost ne se sont pas devenues la coqueluche de la région. Ce n’est en tout cas pas faute d’en avoir parlé : lors de chaque contact que j’ai eus avec des villages ruraux, j’ai fait la promotion de ce système.

Ce n’est pas que j’ai fait un bide, mais aucun de mes interlocuteurs n’a vraiment cru que la TLB ne dégageait pas d’odeurs. Les habitants de la côte atlantique du Nicaragua ne sont pas plus réfractaires au changement que d’autres, ils souffrent tout simplement du même complexe qu’en Europe : tout ce qui est lié à notre système excréteur est tabou. Il faut s’en débarrasser le plus vite possible, quoi qu’il en coûte. Je recommande à ce sujet le livre de Kathleen Meyer («Comment chier dans les bois») qui chahute joyeusement notre pudeur avec ce qui est finalement une occupation quotidienne de chacun, et qui en plus donne de précieux conseils aux adeptes des randonnées dans la nature.

Pour revenir à nos étrons, je me suis rendu compte que pour avoir de la crédibilité à ce sujet, je devais faire l’expérience à la maison. J’ai donc commandé une TLB à mon ébéniste attitré, c'est-à-dire le même qui a fabriqué les chaises à bascule qui font de ma terrasse un lieu propice à la relaxation.

Celui-ci m’a fabriqué une magnifique caisse en bois avec un couvercle troué dans laquelle nous avons placé un seau. Puis, nous avons fixé une lunette de toilette traditionnelle sur le dessus. Avant l’inauguration, j’ai mis un fond de sciure dans le seau, ce qui n’est pas compliqué à trouver quand vous avez de bons contacts avec un ébéniste.

Et c’est tout.

Cela m’a coûté un total de 60 dollars. Si on enlève le travail de l’ébéniste, ce qui serait le cas dans une communauté où chacun est assez bricoleur pour fabriquer une telle caisse, cela ne reviendrait approximativement qu’à 25 dollars pièce. Comparé aux 500 dollars des latrines en tôle et en béton, c’est un monde.

L’expérience maintenant.

Il faut être franc, la chasse à eau, c’est plus facile. Nous avons une telle habitude de déléguer la gestion de nos excréments aux stations d’épurations, que cela fait tout drôle de devoir s’en occuper. J’irais jusqu’à dire qu’il y a une véritable barrière culturelle à franchir.

Et puis il y a un premier temps d’apprentissage pour régler la quantité de sciure (déchets carbonés) à ajouter aux déjections (déchets azotés) sans compter qu’il faut adapter sa manière d’aller aux toilettes. Lorsque l’équilibre est trouvé, aucune odeur désagréable n’est générée. Ça a l’air dingue dit comme cela, mais c’est vrai. Le plus gros problème que j’ai identifié est lié au fait que nous urinons bien plus que nous déféquons. Un fond d’urine a ainsi tendance à se former dans le seau après quelques jours, ce qui provoque le dégagement d’une odeur de cirque, plus exactement celle qui vient chatouiller nos narines lorsqu’on ne se trouve pas loin de la cage du lion…

Et parce que rien n’est simple dans la vie, il faut préciser que les conditions climatiques de Bluefields ne sont pas idéales pour l’utilisation d’une TLB : la chaleur et l’humidité favorisent le développement des mauvaises odeurs. Ceci m’oblige à être très strict lors de son utilisation, à savoir mettre plus de litière et vider le seau tous les 2-3 jours. Dans ces conditions, je ne subis que peu de soucis d’odeurs. Si par contre je deviens un peu flemmard et attend 4-5 jours avant la vidange, c’est tout de suite plus problématique.

Passons au compost du jardin à présent.

Le vidage du seau sur le tas de compost n’est pas le moment le plus fun de la journée, mais finalement, ce n’est pas aussi difficile que l’on pourrait imaginer. Il faut réserver une place dans le tas, y vider le contenu du seau, mettre un peu d’eau dans celui-ci pour le rincer, recouvrir le tas par d’autres types de déches organiques (gazon tondu par exemple) et vider le liquide de rinçage sur le tas, ce qui permettra de l’humidifier.

Les microorganismes qui travaillent pour moi (gratuitement !) dans le compost pour en décomposer la matière organique apprécient l’apport du contenu de la TLB. Lorsque je retourne le tas 2 ou 3 jours plus tard, il sent tout simplement le compost avec une petite note d’humus pour les zones plus anciennes et déjà dégradées.

Comment résumer cette expérience ?

Je pense que gérer ses déjections tout en protégeant l’environnement et la fertilité des sols est moins facile que de tirer la chasse comme nous le faisons quotidiennement. C’est du travail et il y a des barrières psychologiques à franchir. Sans parler du fait que dans un environnement urbain, ce serait carrément impossible (en guise de point de départ pour une réflexion plus globale sur le traitement des eaux usées, lire Le système TRAISELECT en ville).

C’est à ce stade qu’intervient une question qui peut paraître hallucinante à ceux qui se rappellent que l’humanité ne pourra pas survivre sans un environnement un minimum préservé, mais qui est tout à fait pertinente dans notre monde de surconsommation : jusqu’à quel point sommes-nous prêts à changer notre comportement pour sauvegarder ce qui reste de notre environnement ?

George Bush père y a déjà répondu en affirmant que «notre manière de vivre n’est pas négociable».

Est-ce un grand égoïste qui n’a rien compris, ou a-t-il simplement dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ?

Vue plus détaillée de ma TLB, Bluefields, le 28 mai 2010

Tas de compost avec lequel je recycle les résidus de la TLB, Bluefields, le 29 juin 2010

Commentaires : 1 | Soumettre un commentaire | Voir les commentaires

L'ACRYLIQUE ADOUCIT LES MURS
10.08.2010 16:51:36
Catégorie : Projet

LE COMPOST APRES LA DIGESTION
01.07.2010 17:44:33
Catégorie : Projet

TERRE BRULEE
26.05.2010 22:44:05
Catégorie : Projet

LES ILES DU MAIS
29.04.2010 00:59:10
Catégorie : Projet

FOOT TOUJOURS
25.03.2010 16:37:17
Catégorie : Vie pratique

VACANCE DE CULTURE
23.03.2010 18:35:18
Catégorie : Projet

LA PALME DE L'EXPLOITATION
02.02.2010 17:55:12
Catégorie : Projet

LES DECHETS, AU REBUT !
01.12.2009 18:25:50
Catégorie : Projet

TOURMENTE
10.11.2009 21:07:02
Catégorie : Projet

MULTIDISCIPLINARITE
19.10.2009 18:39:24
Catégorie : Vie pratique

ECOLE DE SIMPLICITE
22.09.2009 18:31:44
Catégorie : Projet

LE MACHISME, C'EST LA GANGRENE
01.09.2009 21:57:32
Catégorie : Culture

RENCONTRES
25.06.2009 02:44:46
Catégorie : Echanges Nord-Sud

L'ARBRE DE MAI
08.06.2009 19:00:37
Catégorie : Culture

EDUCATION POPULAIRE
27.04.2009 17:35:09
Catégorie : Projet

LA CHURECA
30.03.2009 21:49:24
Catégorie : Projet

S'IL TE PLAIT, DESSINE-MOI UN POISSON
03.03.2009 16:07:21
Catégorie : Projet

EAU, SOURCE D'ENNUIS
15.02.2009 01:52:00
Catégorie : Projet

SON ET LUMIERE
20.01.2009 17:27:30
Catégorie : Culture

LE VIF DU SUJET - EPISODE II
11.12.2008 16:44:56
Catégorie : Projet

TRAVAIL: MARCHE LOCAL
17.11.2008 15:55:06
Catégorie : Vie pratique

LE VIF DU SUJET - EPISODE I
22.10.2008 16:55:51
Catégorie : Projet

LOGEMENT
03.10.2008 18:04:38
Catégorie : Vie pratique

CROYANCES
23.09.2008 00:14:45
Catégorie : Culture

ACCLIMATATION
31.08.2008 23:30:56
Catégorie : Culture

A LA DECOUVERTE DE FADCANIC
31.08.2008 19:24:28
Catégorie :

REPAS DE SOUTIEN
30.08.2008 12:48:06
Catégorie : Echanges Nord-Sud

REPAS DE SOUTIEN
30.08.2008 12:43:59
Catégorie : Echanges Nord-Sud

Admin - Copyright © 2008-2009 AgriNica