Bienvenue

Mon journal de bord

MULTIDISCIPLINARITE
19.10.2009 18:39:24
Catégorie : Vie pratique

Ferme de la communauté de Sisinhuita, Municipalité de Laguna de Perlas, le 6 octobre 2009

Les différences entre la vie en Suisse et au Nicaragua ne laissent pas de me fasciner. Elles me permettent de prendre conscience d'aspects de la vie helvétique dont je ne me rendais pas compte auparavant.

Par exemple, je trouve qu'en Suisse nous avons tendance à perdre le contact avec le monde pratique. De plus en plus, nous plaçons des intermédiaires entre nous et les actes fondamentaux de la vie : si j’ai besoin de me nourrir, je vais au supermarché; si je dois me déplacer, je trouverai bien une voiture, un bus ou un train; si j’ai un problème d’électricité à la maison, j’appelle l’électricien … Bref, nous avons une personne, un objet ou une machine pour répondre à tous les besoins que nous pourrions avoir.

Au Nicaragua, la vie de tous les jours est beaucoup plus "charnelle". L’exigence de la débrouillardise a pour conséquence que chacun est amené à toucher un peu à tout. Une même personne peut faire de l’artisanat un jour, aller pêcher le lendemain et raccorder sa maison au réseau d’eau de la ville le surlendemain.

Ce dernier exemple illustre bien la nécessité de se prendre en charge individuellement si l’on veut arriver à quelque chose. Voici de quoi il s'agit : certains quartiers de Bluefields sont raccordés à l’eau courante. Enfin, l’eau court surtout quelques heures par jours et à des dates indéterminées. Mais bref, lorsqu’on arrive à remplir le réservoir de sa maison, on peut s’épargner les voyages au puits pour remplir les différents seaux d’eau nécessaires à la salle de bain et à la cuisine.

Or, l’entreprise nationale en charge de la distribution de l’eau (ENACAL) n'a pas les moyens de raccorder chaque maison au réseau. C'est la raison pour laquelle elle demande une participation à chaque famille qui souhaite le service. Pour tout un chacun, il s'agit donc de prendre contact avec l'ENACAL, fournir le matériel nécessaire (tuyaux, joints, coudes, etc.) et payer un employé de l’entreprise pour qu’il fasse le travail.

En clair, c’est beaucoup plus intéressant de faire le raccordement soi-même et c’est bien ce qu’ont fait mes voisins. Ils ont d’abord creusé une tranchée entre le réseau primaire et leur maison, puis fait le raccordement au réseau primaire en profitant d’un des nombreux moments où l’eau ne circule pas, placé les tronçons de tuyaux dans la tranchée, les ont joint et ont rebouché le tout.

Forcément, tout ce travail est quelque peu artisanal et une partie non-négligeable de l’eau n’arrive pas à destination à cause de quelques fuites. Mais bon, ça a un côté pratique: s’il y a de l’eau qui ruisselle un peu partout, ça veut dire que c’est le moment d’ouvrir le robinet pour remplir son réservoir!

Je me suis fait la réflexion en observant ces différences que notre distance avec les actes de première nécessité nous pèse. Peut-être avons-nous développé certains loisirs pour combler ce manque. En Suisse, pour se changer les idées, on va volontiers marcher à la campagne le dimanche, faire de l’équitation, cultiver son jardin, pêcher, etc.

Sur la côte atlantique du Nicaragua, ces activités font partie des actes nécessaires pour se déplacer, gagner sa vie et se nourrir. Un jour, j’empruntais à pied le chemin en terre ("en boue" serait en réalité un terme plus adéquat…) qui relie la réserve de Kahka Creek au village le plus proche. J’y ai croisé des gens à cheval qui allaient rendre visite à des amis, d’autres avec des mules chargées de victuailles pour le marché voisin, et même un médecin à pied qui allait faire ses visites du jour. Je me suis rendu compte que j’étais tout simplement sur l’équivalent d’une route nationale, avec ses croisements, ses dépassements et ses usagés qui la parcourent pour toutes sortes de raisons.

Je me suis vite rendu compte que la débrouillardise, cela s’apprend lorsque c’est nécessaire. Comme jusque là, j’avais souvent un objet ou un service idoine pour chacun de mes besoins, je ne l’ai pas particulièrement développée. C’est là un des aspects important du travail d’adaptation que je dois fournir: assouplir mes exigences et m’arranger avec ce que je trouve, même si ce n’est pas tip top ripoliné.

Lors de mon installation dans ma maison de couleur indéterminée, j’ai été le protagoniste d’une scène truculente qui démontre qu’il y a encore du boulot. Celle-ci se déroule alors que je faisais le tour des quelques magasins de Bluefields pour acheter des accessoires ménagers :

- Moi : «Bonjour, je cherche un paillasson»
- La vendeuse du bric-à-brac : « Heuu, tenez, voici qui fera l’affaire »
- Moi : « Mais madame, ceci est un tapis de toilette »
- Elle : « Peut-être, mais regardez (scrouch, scrouch), on peut facilement s’essuyer les pieds dessus ».
- Moi : « Donc en fait, vous n’avez pas de paillasson fait à la base pour s’essuyer les pieds ».
- Elle : « ??!!?? »

Et voilà comment on arrive à l’incompréhension interculturelle, ça n’a pas besoin d’être plus compliqué.

Quelques minutes après être sorti du bric-à-brac, j'ai éclaté tout seul de rire en me rendant compte du comique de la situation. Ici, on se débrouille avec ce que l’on a, et on est déjà bien content d’avoir quelque chose.

Bon cette scène date de mes premiers mois de séjour, on ne va pas venir me dire que je n'ai pas fait des tonnes de progrès depuis.

La preuve, hier je suis allé jusqu'à d'acheter une livre de riz alors qu'il n'y avait même pas de Migro-data sur le sac ! C'est sûr, je commence à devenir un vrai aventurier !!

Ecole de la communauté de Big Lagoon, Municipalité de Kukra Hill, le 8 octobre 2009

Commentaires : 1 | Soumettre un commentaire | Voir les commentaires


Admin - Copyright © 2008-2009 AgriNica