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Mon journal de bord

ECOLE DE SIMPLICITE
22.09.2009 18:31:44
Catégorie : Projet

Atelier de leadership et organisation communautaire, La Fonseca, Municipalité de Kukra Hill, le 19 mai 2009

L'atelier d'éducation populaire que j'avais organisé voici quelques mois pour mes collègues du projet de promotion de l'agroforesterie durable a fait des petits.

Il est maintenant largement reconnu au sein de l'équipe qu'une des faiblesses majeures du projet est le manque de leadership et d'esprit d'initiative des bénéficiaires du programme de FADCANIC, c'est-à-dire des agriculteurs avec qui nous travaillons. Le hic c'est qu'ils ont justement des rôles de leader communautaire à assumer.

Afin d'inverser la tendance, mes collègues souhaitent responsabiliser nos partenaires et estiment que l'éducation populaire peut nous aider dans ce processus. Ils me demandent désormais régulièrement de les conseiller pour l'intégration de méthodes d'éducation populaire dans les activités qu'ils préparent pour leur équipe ou pour des groupes de bénéficiaires.

Au vu de mon job d'environnementaliste, mes collègues m'ont même envoyé au front de la bataille pour l'autonomisation des comités d'agenda environnemental. Ce sont des groupes de 5 à 6 personnes chargés de la gestion environnementale de leurs communautés. FADCANIC travaillant actuellement avec plus de 50 communautés de la RAAS, mon public cible pour cette tâche comprend quelque 300 agriculteurs.

Compte tenu du nombre de personnes visées, nous avons décidé de commencer par une prise de contact en invitant 1 à 2 représentants par comité à un atelier d'une journée sur le leadership et l'organisation communautaire. Au final, l'opération a tout de même touché une centaine d'agriculteurs, ce qui a été un excellent moyen pour moi de faire leur connaissance.

Et là, c'est peu dire que j'ai dû faire mon apprentissage.

Pour l'un de ces ateliers, je me suis par exemple retrouvé dans un hameau perdu dans la plus profonde campagne à attendre la venue des participants devant l'église qui avait été réquisitionnée pour l'occasion. Les voisins sont arrivés à pied, d'autres par le bus du matin et les derniers à cheval. Là, quand j'ai vu des cow-boys arriver avec trois bons quarts d'heures de retard sur l'horaire prévu et que j'ai appris qu'ils avaient plus de trois heures de galop dans les fesses, j'ai hésité à deux fois avant de les gourmander. En plus, ce n'était pas difficile d'imaginer à quoi ils allaient consacrer leur fin d'après-midi… 6 à 7 heures de cheval dans la journée pour assister à l'atelier que j'avais organisé ! J'étais scié !!

Heureusement, j'étais appuyé par mon homologue Silver et par d'autres collègues de l'équipe d'agroforesterie, parce qu'au début, ce n'était pas facile de me faire comprendre.

Il faut se mettre à leur place aussi : pour certains, après trois heures de chevauchées dans des paysages sauvages, ils se retrouvent assis en cercle dans une église avec un blanc sorti d'on ne sait où qui les exhorte à se prendre en main pour l'avenir de leur communauté…

C'est à en vider les étriers !!

Les problèmes que j'ai rencontrés au début ont une cause évidente : je pense et communique de manière trop théorique pour ce type de public. Mes explications schématiques sont tellement claires pour moi que j'ai de la peine à imaginer que quelqu'un ne puisse pas les comprendre. Or je peux m'acharner à demander aux participants s'ils saisissent ce que je leur raconte, la seule chose qui est certaine, c'est que pas un ne pipera mot. Ça ne va pas non ? Dire à ce blanc qui se donne tant de peine que je ne capte rien de ce qu'il dit ?!?

J'ai donc dû me retrousser les manches et me convertir à la multiplication des exemples pratiques ainsi qu'au mime de situations. J'ai vite pris le pli parce que c'est fou ce que cela fait plaisir lorsque les gens comprennent ce qu'on dit !

Une autre chose que j'ai apprise est qu'il ne faut pas partir du principe que tout un chacun a eu la chance d'être allé à l'école. Il est donc important de ne pas mettre les personnes qui ont des difficultés de lecture et d'écriture dans des situations qui vont les pousser à démissionner.

Car une fois qu'ils se désintéressent du sujet, ce n'est pas facile de les faire revenir dans la danse. C'est qu'ils sont déjà vexés d'avoir eu à avouer leur mésentente avec l'alphabet, et en plus, ils souffrent d'un déficit d'auto-estime important. Ils croient qu'ils sont moins intelligents que ceux qui savent lire et écrire. Les premières fois, j'ai été gêné par ces situations ne sachant pas comment intégrer les analphabètes qui sont maîtres dans l'art de la résistance passive. Par la suite, j'ai réussi à être plus ferme avec eux : ce n'est pas parce qu'on ne sait ni lire ni écrire qu'on est dispensé de réfléchir ou de donner son avis.

J'ai aussi pris conscience qu'il pouvait être opportun de discuter en groupe des règles qui doivent être respectées durant l'atelier. Sinon, c'est le festival garanti de discussions en apartés, d'allées-venues et de coups de téléphones … lorsqu'il y a du réseau bien sûr.

En plus de règles liées à l'écoute, la ponctualité, etc., il m'est également arrivé de devoir régler la question linguistique : un jour, j'animais un atelier avec un groupe mixte composé aux trois-quarts de créoles (anglophones) et au quart de métis (hispanophone). Généralement, les créoles parlent bien espagnol, mais certains se sentent moins à l'aise dans cette langue. C'est un peu comme les suisse-allemands qui en majorité maîtrisent l'allemand mais sont plus en confiance lorsqu'ils peuvent parler leur langue.

Cette journée-là commençait par une ronde de présentations durant lesquelles chacun devait présenter son voisin au reste du groupe. Après quelques interventions en anglais, Don Nieve, un hispanique, explique que c'est bien joli tout ça, mais il ne comprend pas un traitre mot de ce qui se raconte, ce qui est bien dommage par ailleurs, parce que cela a l'air intéressant. Nous avons donc ouvert le débat : comment s'organiser pour que chacun puisse comprendre et qu'en même temps chacun puisse s'exprimer sans gêne ?

L'accord auquel nous sommes arrivés est que les créoles à l'aise en espagnol étaient priés de faire l'effort de s'exprimer dans cette langue tandis que les propos de ceux qui voulaient rester à l'anglais seraient traduits en espagnol par un créole qui s'est gentiment dévoué. Cela paraît compliqué comme ça mais cela a très bien marché.

De plus, la négociation en groupe a amoindri les habituels clivages que l'on peut rencontrer entre les créoles et les métis. L'ambiance s'est définitivement détendue lorsqu'on est arrivé à la présentation de Don Nieve par sa voisine créole. Celle-ci n'a pas pu masquer son émotion en relatant qu'il n'avait pas moins de 16 enfants ! Une équipe de football avec les remplaçants !!

Le jeu par la suite a été de voir si quelqu'un allait pouvoir ne serait-ce que tutoyer cette multitude. Une créole pouvait bien s'enorgueillir de compter 9 enfants dans sa famille, mais la marque de Don Nieve n'a pas été plus mise en danger que cela.

En plus de toutes les découvertes que j'ai faites, j'ai rencontré du répondant chez les participants. Ils ne connaissaient pas les outils de gestion de groupe et de projet que nous avons exercés ensemble et sont convaincus que cela peut les aider à faire bouger les choses dans leur communauté. Ils m'ont demandé de les aider à utiliser ces nouveaux outils pour l'organisation des tâches concrètes qui incombent à chacun des comités d'agenda environnemental.

Inutile de préciser que je me suis empressé de transmettre cette merveilleuse requête à mes collègues de FADCANIC. Mon ambition est de participer à 3 ou 4 ateliers par municipalité, laissant peu à peu plus de responsabilité à mon collègue local de FADCANIC afin qu'il finisse lui-même la tournée des communautés dont il a la charge.

Atelier de leadership et organisation communautaire, Magnolia, Municipalité de Bluefields, le 22 mai 2009

Cow-boys arrivant à l'atelier après 3 heures de cheval, La Fonseca, Municipalité de Kukra Hill, le 19 mai 2009

Jeux de rôles avec participants créoles au premier plan, Laguna de Perlas, le 20 mai 2009

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