Bienvenue

Mon journal de bord

EDUCATION POPULAIRE
27.04.2009 17:35:09
Catégorie : Projet

Atelier de construction d'un biodigesteur, La Fonseca, Municipalité de Kukra Hill (RAAS), le 4 novembre 2008

La saison des ateliers est ouverte.

Un atelier, c'est une activité d'apprentissage en groupe. Cela peut prendre la forme d'une discussion informelle, du rassemblement de plusieurs personnes appelées à réfléchir sur un thème particulier, d'une démonstration, d'un travail pratique, etc. L'idée est que ceux qui y assistent participent activement au processus d'apprentissage.

"Participer", le mot est tombé. L'idée maîtresse de la coopération entre partenaires du Nord et du Sud est en effet d'échanger des connaissances, idées, expériences, et tout ce qui pourrait être enrichissant pour l'un ou pour l'autre. Or un processus d'échange sous-entend la participation des deux partenaires. Ainsi, les volontaires tels que moi n'ont pas pour rôle de venir donner des leçons, mais de faciliter un processus de développement interne à la région d'intervention. Ceci signifie que les ressources sont déjà sur place et qu'il s'agit de renforcer leur fonctionnement afin qu'elles atteignent un plus grand degré d'indépendance.

Dit comme cela, ça parait tout simple, mais en réalité, c'est diablement compliqué. Ce n'est pas si facile que cela de ne pas donner de leçon et de renoncer à que tout se passe comme on le souhaite. Surtout lorsque les gens avec qui on travaille partent du principe que l'on sait absolument tout sur tout étant donné qu'on est blanc et qu'on vient d'un pays riche. En quelque sorte, la relation verticale "savant-ignorant" est attendue par mes interlocuteurs. C'est un travail de tous les jours pour tenter d'être considéré comme une personne normale et par la même occasion de gagner un minimum de confiance de la part de mes collègues. Ils ont parfois peur d'être jugé et le fait que je sois si "différent" implique que l'intégration n'est pas une simple question de temps mais demande des efforts spécifiques.

Il existe différentes méthodes pour favoriser la participation des groupes avec lesquels on travaille. Celle qui fait référence dans le monde de la coopération s'appelle l'éducation populaire et a pour inspirateur Paolo Freire, un éducateur brésilien qui a développé ses théories dans les années 1960. Freire rejette la relation verticale entre le professeur et l'élève qui entraine la passivité du second et renforce son état de dépendance. Il estime que les communautés doivent choisir elles-mêmes les thèmes centraux de leur éducation et participer activement à leur émancipation par l'apprentissage.

Pour obtenir cet engagement de la part d'une communauté résignée à son sort, il s'agit de la libérer de l'apathie en exhumant les thèmes susceptibles de la mobiliser. Freire les appelle les thèmes générateurs et explique que ce sont ceux qui suscitent de l'émotion, car selon lui, la motivation est étroitement liée à l'émotion.

C'est passionnant ! Lorsqu'on se plonge dans l'éducation populaire, on se sent capable de changer le monde.

C'est tout naturellement que j'ai décidé de mettre en pratique cette méthode à l'occasion du premier atelier qu'il m'a été donné d'organiser. Celui-ci était destiné aux enseignants du centre de formation de Wawashang dont j'ai pour mission de renforcer et systématiser les connaissances environnementales. Mon programme, que je n'hésitais pas à qualifier de fantastique lors de sa conception, permettait aux enseignants de choisir eux-mêmes les thèmes environnementaux qu'ils souhaitaient approfondir et prévoyait que la confrontation des connaissances environnementales de chaque professeur allait permettre de constituer le savoir environnemental de l'école. J'étais enthousiaste, enfin j'allais commencer concrètement mon travail, et de quelle manière !

Rendez-vous a été pris pour cet atelier à Wawashang un dimanche après-midi à 14h compte tenu du fait que les enseignants donnent des cours toute la semaine. Le jour dit, quelques heures avant le début de l'atelier, je croise Winston, le directeur de l'école, qui m'annonce au passage que comme deux des professeurs sont allés au match de baseball avec les élèves, la réunion serait quelque peu repoussée… à 19h le soir même !

Là, je me suis dit que je devais revoir mes ambitions à la baisse. Déjà, Winston a bien parlé d'une "réunion" et non d'un "atelier", ce qui sous-entend une implication moindre de la part des participants, et en plus, j'estimais les probabilités peu élevées que les enseignants soient éminemment motivés pour mettre à plat leurs connaissances environnementales un dimanche soir à 19h.

J'ai mis l'après-midi à profit pour simplifier mon affaire, et le soir venu, la réunion-atelier commençait en présence de Winston, son directeur adjoint ainsi que les 5 professeurs de Wawashang. Après quelques échanges pour réchauffer l'atmosphère, je suis entré dans le vif du sujet:

- Bien, en ce qui me concerne, je me suis fais quelques idées sur ce que nous pourrions faire ensemble. Je pense que vous aussi avez des attentes de ma part, et comme dans ce genre de situation les attentes des uns ne correspondent pas toujours aux attentes des autres, je propose que nous les confrontions afin de mettre sur pied un programme qui convienne à tous. Alors, quelles sont vos attentes? Winston? Ricky (le directeur adjoint)? Lidilia (une professeure)?
- …
- C'est-à-dire que vous pensez qu'on pourrait attaquer comment la question environnementale ensemble?
- …
- Par exemple, lorsque l'on pense au fait qu'un des objectifs de cette école est d'enseigner à de futurs agriculteurs comment préserver leur environnement, de quelle manière pensez-vous que nous pourrions travailler pour améliorer les choses?
- …


L'ennui avec les méthodes participatives, c'est quand les gens ne veulent pas participer. Comme c'était mon baptême du feu, je n'ai pas su comment réagir et ai continué à ramer à contre-courant durant ce qui m'a paru une éternité. Au bout d'un moment, toujours sans aucun signe de vie de la part de mes interlocuteurs, si ce n'est quelques manifestations d'agacement, j'en suis arrivé à mes propositions pour de futurs ateliers, au nombre desquelles figurait une discussion autour de chacun des cours environnementaux donnés aux étudiants dans l'optique de voir ce qu'il y avait lieu d'améliorer.

Là, sans le savoir, j'ai tapé dans le mille. Evidemment, je n'étais pas au courant du fait que le corps enseignant dans son intégralité venait de subir une évaluation qui ne s'était pas extrêmement bien passée et qu'il voyait ma proposition comme une remise en question de son travail. Paulo Freire aurait été fier de moi, j'ai suscité des émotions ! Il faut reconnaître qu'ils avaient l'air sérieusement fâchés ! J'ai essuyé quelques volées de bois vert, et puis les informations se sont mises à fuser de toutes parts à tel point que je ne savais plus où donner du stylo.

Une fois l'orage passé, nous avons pu récapituler leurs attentes et se mettre d'accord sur une marche à suivre. Les enseignants souhaitent que l'on arrête de se focaliser sur les prétendues lacunes de la formation environnementale donnée aux élèves et que l'on mette plutôt en place une culture environnementale au sein de FADCANIC. Ils proposent de commencer avec le site de Wawashang, incluant dans les travaux le centre de formation, le centre d'agroforesterie et la réserve naturelle. A leur avis, le plus pratique serait de travailler module par module, en commençant par la gestion des déchets, puis en se penchant sur la gestion de l'eau, ensuite en s'intéressant à la gestion de l'énergie, etc. L'idée est ensuite d'utiliser les résultats des travaux du pôle Wawashang pour lancer le même processus dans les autres sites de FADCANIC (bureaux à Managua et Bluefields, école à Laguna de Perlas et antennes dans les différentes municipalités de la RAAS).

C'est fantastique les méthodes participatives, on ne sert pratiquement à rien !!

Au vu de cette première expérience riche en émotions, j'ai prudemment retravaillé mon programme pour l'atelier suivant, justement consacré à l'éducation populaire. Il est vrai que la situation tendue avec les professeurs m'a finalement permis de savoir quelles étaient leurs attentes, mais si je pouvais éviter de me fâcher avec tout le personnel de FADCANIC, cela me conviendrait également.

Ce second atelier a été tout aussi passionnant que le premier et un peu moins agité. Il s'agissait de parler de l'éducation populaire aux techniciens de FADCANIC qui travaillent directement avec les agriculteurs bénéficiaires du programme de promotion de l'agroforesterie. Il s'avère que pas assez d'agriculteurs s'approprient vraiment le projet ce qui se traduit par un manque d'autonomie et de prise d'initiative de leur part. Les causes de cette faiblesse sont certainement nombreuses, mais en ce qui me concerne, je pense que la principale est l'attitude trop directive de mes collègues de FADCANIC sur le terrain.

Ils apportent les sujets, emportent les décisions, planifient, mènent les travaux, bref, encadrent si bien leurs projets que les principaux intéressés n'ont pas le temps de s'impliquer suffisamment. Ceci est notamment dû à la motivation qu'ont mes collègues d'apporter le plus possible à la région dans laquelle ils travaillent. Je pense cependant qu'il y a une autre raison plus profonde à cette façon de conduire les opérations: pour obtenir des financements, chaque programme doit présenter des plans de projets en bonne et due forme. Ceux-ci comprennent forcément des objectifs mesurables, les indicateurs qui permettront de les évaluer ainsi que des délais. Ceci est d'ailleurs parfaitement normal, un organisme de coopération internationale ne va pas investir de l'argent les yeux fermés.

Seulement, cette culture du résultat à laquelle doivent se soumettre les ONG a des effets pervers. Le nombre d'agriculteurs ayant bénéficiés du programme de FADCANIC est plus facilement mesurable que leur degré d'implication. Or, si l'on prend un exemple caricatural, il serait plus profitable pour la région d'avoir à la fin d'un projet dix agriculteurs ayant pris le mouvement à leur compte et promouvant l'agroforesterie par conviction que cinquante agriculteurs ayant passivement suivi les instructions et ne sachant plus que faire le jour où ils sont laissés à eux-mêmes.

C'est à mon sens une difficulté majeure de la coopération.

Comment parler le langage des donateurs occidentaux (objectifs, délais, indicateurs, rapports, etc.) tout en gérant ses programmes de manière durable, c'est-à-dire en favorisant leur appropriation par la population locale?

FADCANIC s'en tire très bien dans la première partie. Pour la seconde, il y a certainement mieux à faire.

D'où l'organisation de cet atelier sur l'éducation populaire. Je commence à mieux cerner ce que je vais pouvoir apporter à FADCANIC sur le plan environnemental, et me rend compte que je peux également être utile sur d'autres plans, notamment celui de la conduite participative de projet.

En tous les cas, les 12 collègues présents se sont montrés très intéressés par l'éducation populaire. Nous avons passé deux journées riches en découvertes et échanges. Ils n'avaient visiblement pas encore reçu de formation sur l'écoute, la gestion de groupes, la participation ou encore le leadership.

Nous avons maintenant l'ambition d'utiliser certains outils de l'éducation populaire lors des activités entreprises avec les groupes de travail constitués dans des communautés cibles du programme de FADCANIC.

C'est fou comme on se sent mieux dans une équipe lorsque l'on commence à être utile !

Atelier d'éducation populaire, Bluefields, le 24 mars 2009

Atelier d'éducation populaire, Bluefields, le 24 mars 2009

Commentaires : 3 | Soumettre un commentaire | Voir les commentaires

L'ACRYLIQUE ADOUCIT LES MURS
10.08.2010 16:51:36
Catégorie : Projet

LE COMPOST APRES LA DIGESTION
01.07.2010 17:44:33
Catégorie : Projet

TERRE BRULEE
26.05.2010 22:44:05
Catégorie : Projet

LES ILES DU MAIS
29.04.2010 00:59:10
Catégorie : Projet

FOOT TOUJOURS
25.03.2010 16:37:17
Catégorie : Vie pratique

VACANCE DE CULTURE
23.03.2010 18:35:18
Catégorie : Projet

LA PALME DE L'EXPLOITATION
02.02.2010 17:55:12
Catégorie : Projet

LES DECHETS, AU REBUT !
01.12.2009 18:25:50
Catégorie : Projet

TOURMENTE
10.11.2009 21:07:02
Catégorie : Projet

MULTIDISCIPLINARITE
19.10.2009 18:39:24
Catégorie : Vie pratique

ECOLE DE SIMPLICITE
22.09.2009 18:31:44
Catégorie : Projet

LE MACHISME, C'EST LA GANGRENE
01.09.2009 21:57:32
Catégorie : Culture

RENCONTRES
25.06.2009 02:44:46
Catégorie : Echanges Nord-Sud

L'ARBRE DE MAI
08.06.2009 19:00:37
Catégorie : Culture

EDUCATION POPULAIRE
27.04.2009 17:35:09
Catégorie : Projet

LA CHURECA
30.03.2009 21:49:24
Catégorie : Projet

S'IL TE PLAIT, DESSINE-MOI UN POISSON
03.03.2009 16:07:21
Catégorie : Projet

EAU, SOURCE D'ENNUIS
15.02.2009 01:52:00
Catégorie : Projet

SON ET LUMIERE
20.01.2009 17:27:30
Catégorie : Culture

LE VIF DU SUJET - EPISODE II
11.12.2008 16:44:56
Catégorie : Projet

TRAVAIL: MARCHE LOCAL
17.11.2008 15:55:06
Catégorie : Vie pratique

LE VIF DU SUJET - EPISODE I
22.10.2008 16:55:51
Catégorie : Projet

LOGEMENT
03.10.2008 18:04:38
Catégorie : Vie pratique

CROYANCES
23.09.2008 00:14:45
Catégorie : Culture

ACCLIMATATION
31.08.2008 23:30:56
Catégorie : Culture

A LA DECOUVERTE DE FADCANIC
31.08.2008 19:24:28
Catégorie :

REPAS DE SOUTIEN
30.08.2008 12:48:06
Catégorie : Echanges Nord-Sud

REPAS DE SOUTIEN
30.08.2008 12:43:59
Catégorie : Echanges Nord-Sud

Admin - Copyright © 2008-2009 AgriNica