LE VIF DU SUJET - EPISODE II
11.12.2008 16:44:56
Catégorie :
Projet

Plant d'ananas, Wawashang, le 25 septembre 2008
Le diagnostic des activités de FADCANIC continue.
Comme promis dans «Le vif du sujet – épisode I», lequel décrivait l’école d’agroforesterie de Wawashang, voici comment fonctionnent les deux autres volets du programme de FADCANIC auquel je participe: le centre d’agroforesterie de Wawashang et la promotion de l’agroforesterie directement auprès des agriculteurs.
Le centre d’agroforesterie de Wawashang, situé sur le même site que le centre de formation, est en quelque sorte le pôle logistique du programme.
Il a pour mission la production et le développement de cultures utilisées dans les systèmes agroforestiers locaux, tels que le cocotier, le pejibaye (palmier pêche), le cacaoyer, l’arbre à pain (qui produit des sortes de fruits très nourrissants et non du pain…), l’ananas, le bananier, le poivrier, l’acajou, etc. En tout, on compte une soixantaine d’espèces différentes sur les 80 hectares de terres cultivées par le centre.
En plus de la production de fruits pour l’autoconsommation et la commercialisation, le centre d’agroforesterie produit des plantons d’espèces sauvages et hybrides qui sont conservés en pépinières puis utilisés par les agriculteurs bénéficiaires du programme pour mettre en place leurs parcelles agroforestières.
L’exemple type du système agroforestier que l’on trouve à Wawashang est l’association du cacaoyer avec des espèces forestières telles que le gliricidia et l’acajou: les arbres ménagent de l’ombre aux cacaoyers qui ainsi se développent mieux et produisent plus de baies. En plus de l’ombrage qu’elles apportent, les espèces forestières permettent la rétention d’eau dans le sol en réduisant le ruissellement et en accroissant l’infiltration, ce qui représente un bénéfice pour tout le système.
Dans les systèmes agroforestiers, on trouve des espèces associées qui ont un impact positif sur la fertilité du sol, le contrôle du développement des mauvaises herbes et des parasites, la lutte contre l’érosion, le microclimat, etc.
Il est possible de cultiver des systèmes agroforestiers bien plus complexes que celui décrit plus haut. A vrai dire, si l’on pousse le principe à l’extrême, le système agroforestier le plus complexe existant est celui de la forêt vierge.
En ce qui concerne le personnel, les activités du centre sont assurées par 2 agronomes qui gèrent 4 superviseurs de terrain qui eux mêmes ont sous leur responsabilité 27 travailleurs agricoles. Ainsi, en comptant le directeur et l’administrateur, le centre d’agroforesterie occupe 35 personnes.
En plus du site de Wawashang lui-même, le centre d’agroforesterie comprend également la réserve naturelle de Kahka Creek, située à quelques kilomètres de là, qui s’étend sur 500 hectares. On y trouve une auberge destinée à l’accueil des visiteurs, une école pour la formation continue des adultes et une forêt tropicale, la réserve naturelle à proprement parler. Sa fonction est non seulement la conservation d’un écosystème naturel mais également la sensibilisation des visiteurs à la beauté et l’importance de telles forêts.
Le responsable de la réserve, très actif dans l’organisation d’ateliers de formation ainsi que de visites de groupes, a imaginé une activité symbolique fortement appréciée des visiteurs, l’auteur de ces lignes y compris: chacun a le privilège de pouvoir semer un planton d’arbre dans «la forêt de l’amitié», une zone de la réserve qui a été endommagée par l’ouragan Beta, dernière catastrophe climatique majeure ayant frappé la région en 2005.
En somme, la réserve de Kahka Creek se concentre sur la formation et la conscientisation des populations locales, régionales et plus lointaines, l’objectif étant de l’ouvrir au tourisme écologique national et international.
La promotion de l’agroforesterie auprès des agriculteurs représente le dernier volet de la trilogie du programme de FADCANIC. Elle est effectuée dans 5 municipalités différentes de la RAAS qui en compte 13 en tout. Lors du lancement du projet sur le terrain, l’équipe technique de FADCANIC a pris contact avec des communautés situées dans les régions cibles et y a présenté les tenants et aboutissants du programme de promotion de l’agroforesterie.
Quelque 80 communautés ont exprimé leur intérêt à participer au programme. Elles se sont engagées à élire chacune deux représentants (une femme et un homme) pour assumer le rôle de relais de FADCANIC dans chaque communauté. Ces élus ont par la suite suivi une formation en agroforesterie et appliqué leurs nouvelles connaissances dans leurs exploitations en mettant en place au moins une parcelle agroforestière appelée «parcelle de démonstration».
L’objectif est que les autres agriculteurs de la communauté puissent voir de leurs propres yeux comment fonctionne ce type d’agriculture et également recevoir des conseils de la part de leurs collègues formés qui deviennent ainsi promoteurs de la méthode.
Dans l’optique de faciliter le développement des exploitations des bénéficiaires du programme, FADCANIC a instauré un système de microcrédit. Les agriculteurs présentant un plan de développement solide peuvent recevoir un prêt de sommes modestes allant de 100 à 500 CHF remboursables après une année. Ce système est accompagné d’une composante de formation indispensable pour donner les moyens aux débiteurs de gérer le remboursement.
Enfin, FADCANIC a également greffé une composante environnementale aux activités liées à la promotion de l’agroforesterie. Dans ce cadre, l’équipe technique réunit les représentants d’une communauté et leur propose de mettre sur pied un comité d’agenda local. Celui-ci aura pour mission de traiter les défis environnementaux auxquels est confrontée la communauté, tels que la déforestation, l’approvisionnement en eau potable, l’érosion des sols, la gestion des déchets, etc.
On le voit, le programme de promotion de l’agroforesterie durable est dense. Même si les différents modules mis en place sont complémentaires et leur exécution simultanée justifiée, le risque est grand que les bénéficiaires du programme se perdent dans toutes ces circonvolutions. Je suis par exemple tombé sur un agriculteur qui trouvait le système de crédit fantastique mais qui n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être l’agroforesterie.
A propos de mes contacts directs avec les agriculteurs bénéficiaires du programme, la récolte d’informations auprès d’eux n’a pas toujours été facile. Déjà parce qu’il n’est pas évident de parler librement à un étranger qui arrive accompagné d’un agronome de FADCANIC et qui pose des questions de nature à remettre en question certains fonctionnements du programme. Dans ces cas là, pendant que je souhaitais avoir leur avis sur les différents aspects du programme, eux essayaient de deviner ce que je voulais entendre.
Ensuite parce que mes questions suivaient une logique liée à ma manière de penser qui n’est pas la même que la leur. J’ai beau avoir suivi des formations sur les compétences interculturelles avant de partir de Suisse, je suis obligé de reconnaître qu’à plusieurs reprises, je me suis retrouvé face à un interlocuteur qui ne comprenait pas mes questions et qui me répondait quelque chose de tellement hors contexte, que j’en arrivais à ne plus comprendre la question que j’avais posée ! C’est dans ce genre de situations qu’on mesure ses capacités d’improvisation. Après avoir approché le problème sous différents angles et obtenu invariablement des réponses venues d’ailleurs, il faut réussir à relancer la conversation sans paraître trop ramer. Pas simple.
Heureusement, la visite des cultures permet souvent de redresser la barre. C’est riche en enseignements et cela donne la possibilité d’avoir une conversation plus informelle. Á propos des cultures, il est difficile d’imaginer à quoi ressemble concrètement une parcelle agroforestière avant d’en avoir vu une. Visuellement, elles diffèrent fortement des monocultures «propres» que l’on connait en Suisse. Pour être franc, la première pensée qui a traversé mon esprit lors de ma première visite était que «c’est quand même un peu le bordel cette affaire». Impression conditionnée par le contraste entre le champ de maïs à la suisse et le terrain parsemé de diverses cultures entremêlées où la mauvaise herbe n’a pas encore dit son dernier mot.
C’est pourtant comme cela, les systèmes agroforestiers sont plus compliqués à gérer, demandent plus de surface, mais en plus des avantages environnementaux qu’ils apportent (utilisation durable d’une parcelle, moins d’utilisation d’eau, d’engrais et de produits phytosanitaires, conservation de la biodiversité), ils fournissent aux agriculteurs des sources de revenu diversifiées tant du point de vue du type de produit que de la période de récolte.
Ce premier tour de visite maintenant terminé, j’en ai préparé un compte rendu à l’attention des responsables de FADCANIC et du programme d’agroforesterie. Ce qui est génial, c’est que je fourmille d’idées. Le débat avec mes collègues à propos de mes futures tâches promet d’être passionnant.
Mais là, dans l’immédiat, la fin de l’année approche. Bluefields se pare de ses décorations de fête, les chansons de noël et de nouvel an, version reggae, passent à plein tube un peu partout, les pétards pètent, les fusées volent dans tout les sens et les apéros s’organisent.
En clair, j’ai la nette impression que la suite des opérations sera pour l’année prochaine.
Bref, «feliz navidad» comme on dit dans le jargon.

Plantons de cocotiers prêts à être envoyés dans les municipalités, Wawashang, le 26 septembre 2008

Mise en terre d'un planton dans la forêt de l'amitié, Kahka Creek, le 18 octobre 2008

Coucher de soleil sur la réserve naturelle, Kahka Creek, le 19 octobre 2008
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22.12.2008 16:53:25
10/10 pour la blague sur l'arbre à pain !