LOGEMENT 03.10.2008 18:04:38
Catégorie : Vie pratique
Maison finalement choisie, Barrio Fatima, Bluefields, le 18 septembre 2008
Eh ben !
Si on me l’avait dit je ne l’aurais pas cru.
Mes premières aventures nicaraguayennes ne sont pas liées à des randonnées dans la forêt tropicale, ni à de grands propriétaires terriens me chassant à coup de chevrotine pour que j’arrête de convaincre les petits agriculteurs de cultiver leurs parcelles et encore moins à des animaux féroces assiégeant ma moustiquaire, mais tout simplement à la recherche d’un logement à Bluefields…
Quelques mots sur le contexte pour commencer : il n’y a pas de petites annonces, je suis parfaitement étranger à la ville et n’y ai donc pas un réseau étourdissant de connaissances et, pour couronner le tout, je suis tout de même bien blanc de peau … pour autant que je n’aie pas trop pris le soleil auparavant.
Ceci implique que lorsque par miracle j’ai une information sur un logement vacant, le ou la propriétaire n’est pas rongé(e) par les scrupules au moment de fixer le prix du loyer. De toute façon, les blancs ne savent pas quoi faire de leur argent tellement ils en ont…
A propos, ces prix, comment sont-ils fixés ?
Et bien il y a des paramètres qui sont bien connus en Suisse comme l’emplacement, la surface habitable et l’état général de la «chose louée». D’autres le sont moins tels que le degré d’approvisionnement en électricité et en eau, la présence d’une cuisine, de toilettes et d’une douche ainsi que l’éloignement par rapport à la première route pavée. Mais en fait, présente en toile de fond, la sécurité prend la part du lion dans le choix d’un logement, surtout pour un étranger. Y-a-t-il des barrières qui protègent la propriété ? Celles-ci sont-elles agrémentées de barbelés ? Les murs sont-ils en bois, en préfabriqué ou en béton ? Les portes et fenêtres sont-elles protégées par des barreaux ? Y-a-t-il un gardien ? Sinon, des voisins proches qui peuvent jeter un coup d’œil de temps à autre ?
Et moi, ambitieux en diable, je décide de viser très haut: il me faut un logement avec cuisine, toilettes, douche, électricité, eau, qui soit sûr et tout cela pour un loyer raisonnable. Un bref sondage m’a appris que l’on pouvait trouver quelque chose de pas mal à partir de 150 dollars par mois. Mon indemnité de vie, quant à elle, ne me permet pas d’aller au delà de 250 - 300 dollars par mois pour un logement. Ma fourchette de prix ainsi déterminée, la quête pouvait commencer.
Pour obtenir des informations sur des logements vacants, la méthode à le mérite de la simplicité : il faut parler, discuter, interroger, sympathiser … Bref, c’est un vrai travail de relations publiques. Cela peut se passer au bureau, dans la rue, dans un taxi, chez les voisins de maisons visiblement vides et, bien entendu, au bistro. Je n’ai pas une grande facilité naturelle pour engager la conversation avec des inconnus, mais il faut reconnaître que la tâche est ici grandement facilitée par l’ouverture et la serviabilité des gens.
Une fois l’information obtenue, il faut organiser la visite. Là, évidemment, il y a quelques imprévus, comme par exemple lorsque personne ne vient au rendez-vous ou lorsque la maison sensément à louer est parfaitement habitée.
Mais en définitive, avec un peu de patience (les recherches ont duré un peu plus d’un mois), je suis tout de même parvenu à visiter plusieurs logements. Autant être sincère tout de suite, il y a de tout, y compris du pire. Voici quelques exemples des objets visités :
- Taudis situé dans un terrain vague insalubre au milieu d’un quartier difficile. Prix : 40 $/mois
- Maison en mauvais état, sans cuisine, sans douche et dont les toilettes sont concrétisées par un trou au milieu du jardin. Prix : 80 $/mois
- Maison sale mais grande et bien située mais présentant l’inconvénient d’avoir un voisin qui fait un élevage de cochons. Prix : 200 $/mois
- Cabane en bois et en ruine en haut d’une colline avec un grand terrain et pas de voisins. Prix : 200 $/mois
- Appartement spacieux, meublé, cuisine moderne et tout le confort dans belle maison. Prix : 600 $/mois
Aucune de ces visites n’a emporté la décision, que cela soit pour des questions de salubrité, confort, sécurité ou prix.
En réalité, la cabane en bois en haut d'une colline m’a beaucoup séduite au début. Certes, elle est branlante, mais le terrain est beau, avec vue sur la baie, et puis rien ne m’empêchait de la retaper pour en faire un endroit relativement confortable. C’est en fait l’absence de sécurité qui m’a fait abandonner cette piste.
Finalement, alors que je commençais à désespérer, je suis tombé sur l’occasion que je ne pouvais pas laisser passer : une maison engageante, propre, bien située, disposant d’eau et d’électricité ainsi que d’une sécurité assez bonne. Le seul problème est qu’avec son loyer, âprement négocié, de 280 $ par mois, elle représente une charge importante dans mon budget mensuel. Enfin, on ne peut pas tout avoir.
J’ai donc pu commencer l’emménagement sous les yeux intéressés d’une bonne partie du quartier. Il faut reconnaître que ce n’est pas évident de transporter une cuisinière pratiquement neuve sous les yeux de gens qui ont à peine de quoi manger tous les jours. Ce n’est de plus pas idéal pour casser le cliché relatif aux blancs et à l’argent.
Je m’installe donc, et espère silencieusement qu’il n’y a pas une armée de démunis à l’affut qui va profiter du premier moment où j’aurai le dos tourné pour nettoyer consciencieusement mon nouveau logement.
Maison sans cuisine et sans douche avec toilettes dans le jardin, Barrio Tres Cruzes, Bluefields, le 18 septembre 2008
Cabane en bois sur colline, Barrio San Pedro, Bluefields, le 15 septembre 2008
Maison avec appartement spacieux tout confort, Barrio Punta Fria, Bluefields, le 20 septembre 2008
07.10.2008 22:40:56 Holà Jacques, bravo pour tes textes, lesquel, issus de ton propre regard honnête et humble, poussent eux-mêmes à la réflexion. Très intéressant.
Bonne continuation, et heureuse que tu aies trouvé un toit!
Sophie